Demi-mesures sanitaires :
 « cons » sommés de consommer… et de produire !

OPINION. Entre les deux confinements, la philosophie des mesures sanitaires prises en France a effectué un virage bien visible. Si la première période d’isolement social était brutale et exigeante, la deuxième a changé les priorités et a permis à nos dirigeants de classifier nos besoins selon leur vision étriquée et matérialiste de l’essentiel.

Demi-mesures sanitaires :
 « cons » sommés de consommer... et de produire !

En mars dernier, tout ou presque fonctionnait à minima pour diminuer les contaminations. Pas d’école, pas de cantine, pas de restaurants ni de bars, sorties contrôlées, service réduit à la Poste… Un enfermement vécu par quasiment tout le monde dans les mêmes proportions. Même les magasins dits « de première nécessité » développaient des protocoles sanitaires rigoureux pour leur personnel et la clientèle. Il faut dire que l’on ne connaissait pas grand chose de la menace virale covidienne et que le principe de précaution a prévalu. Le travail était l’exception, la Terre fonctionnait au ralenti et elle a continué de tourner normalement, retrouvant même pour l’occasion, un certain éclat du point de vue écologique.

À l’annonce du deuxième confinement, certains pensaient retrouver cet état de pause générale. Il n’en a rien été puisque la plupart d’entre nous n’a pas vu la différence d’avec la période d’entre deux confinements : écoles ouvertes, transports collectifs fonctionnant normalement, commerces ouverts exceptés bars, restaurants… On le voit, pour nos dirigeants la priorité est donc de limiter les contacts entre individus tout en maintenant une activité économique satisfaisante. Un équilibre dont la recette prend source dans la vision globale qu’ils ont du monde, de la société et de l’avenir. Qu’est ce qui est essentiel et qu’est ce qui ne l’est pas ? Produire des bagnoles polluantes semble essentiel dans la logique actuelle. Jouer une pièce de théâtre ne l’est manifestement pas. Et pourtant le risque de contamination est-il plus important dans une salle de spectacle qu’à l’usine ? Autant je comprends la fermeture des bars et restaurants (j’ai moi-même pu constater que les gestes barrière n’y étaient pas vraiment appliqués), autant je m’interroge sur l’interdiction des spectacles alors qu’on peut prendre l’avion pendant de longues heures sans distanciation et s’entasser dans le métro ou le train pour aller bosser et rentrer chez soi avant le couvre-feu. Ça en dit long sur la vision idéologique de nos responsables : un monde de bêtes de somme tout juste bonnes à produire et consommer pour augmenter les revenus des actionnaires et pouvant se passer de vie sociale et culturelle. Nous voilà donc réduits à l’état de robots. Un comble à l’heure où l’intelligence artificielle fait débat et commence à faire partie de notre quotidien.

Produire, emprunter, consommer…

Alors, que nous révèle cette crise ? Elle devrait surtout nous alerter sur la stupidité de nos existences, de notre organisation collective dirigée dans un seul but qui n’est évidemment pas l’épanouissement de chacun mais la préservation d’un vieux modèle économique surproductif qui ne fait pourtant que montrer ses limites. Produire, emprunter, consommer… Ce triptyque infernal est donc la priorité des priorités de nos dirigeants, « quoi qu’il en coûte » !

Cette situation ubuesque fait le terreau des complotistes de tous genres qui voient une intention malveillante derrière tout ce que l’actualité peut nous offrir comme événement. Par le mécanisme des biais cognitifs, l’individu analyse le monde en le passant à la moulinette de ses prérequis. Il a tendance à ne prendre en considération que les éléments qui trouvent écho à ses croyances, aux schémas conscients ou inconscients intégrés à son esprit. Le cerveau humain écarte soigneusement et méthodiquement le reste. Il confirme ainsi ses propres croyances de façon exponentielle. C’est humain et tout le monde fonctionne de cette manière. C’est donc notre état intérieur qui va influencer notre regard sur les événements et le monde. On va ainsi imaginer que des événements fortuits ont été soigneusement organisés pour amener une situation alors qu’il ne s’agit sans doute que d’un effet d’aubaine. L’objectivité n’est-elle alors qu’un leurre ? Seule la conscience permet de se prémunir d’un excès de biais cognitif. Et la conscience est le fruit de l’expérience.

Des perdants… et des (gros) gagnants !

Les grands gagnants de l’histoire ne sont bien évidemment pas les « petits », qu’ils soient salariés ou entrepreneurs, mais bien au contraire les géants du net qui ont pu imposer leur modèle du tout connecté, du tout numérique, de l’intelligence artificielle et même du transhumanisme, cette doctrine visant à améliorer le corps et ses capacités à l’aide de la technologie. Les plateformes de contenus (séries, films, podcasts…) ont explosé leur nombre d’abonnés, les réseaux sociaux gèrent les flux d’information et la censure, les services de livraison à domicile fonctionnent à plein régime… Les actions en bourse de ces sociétés transnationales sont au beau fixe. Leurs PDG croulent sous les dizaines voire centaines de milliards. Leur pouvoir est immense.

Pendant ce temps-là, la misère explose, les associations caritatives croulent sous les demandes, des étudiants se suicident, des gens tombent en dépression à cause de la solitude… Cherchez l’erreur.

Et si à l’occasion de cette crise nous prenions réellement conscience de l’absurdité de vivre dans un tel monde ? Et si nous prenions conscience que cette situation ne tient en réalité qu’à nous ? Et si nous refusions de retourner dans cette matrice d’exploitation de l’Homme par l’Homme, d’asservissement volontaire, dénoncée par tant de penseurs, artistes et philosophes depuis des lustres ? Et si nous acceptions enfin de changer de logique pour que ce qui est aujourd’hui considéré comme non essentiel devienne, dans les faits, la colonne vertébrale de la société à imaginer pour demain ? Daniel Balavoine disait dans une chanson(*) « Il faudrait changer les héros dans un monde où le plus beau reste à faire ». Les héros d’aujourd’hui s’appellent Elon Musk, Bill Gates, Jeff Bezos, Mark Zuckerberg… On efface tout et on recommence ? Cette perspective nouvelle démontrerait l’effet de la conscience par l’expérience sur nos vies : celui d’un « vaccin psychique » nous immunisant de certaines situations. Et garanti sans effets secondaires !

Revenons-en à l’objectivité que certains nomment vérité. Ce constat nous fait comprendre une chose : seule l’expérience est source d’objectivité et de vérité. D’apprentissage collectif aussi. Sortons de cette crise grandis et non écrasés par le poids des devoirs qui nous sont imposés par ceux qui profitent de notre ignorance. Une révolution ? Non, une évolution !

(*) Tous les cris les SOS, Daniel Balavoine, 1985

Les salles de spectacle sont vides depuis de longues semaines. Une décision que le public et les professionnels ont du mal à comprendre alors que les transports en commun fonctionnent à plein régime.
Les salles de spectacle sont vides depuis de longues semaines. Une décision que le public et les professionnels ont du mal à comprendre alors que les transports en commun fonctionnent à plein régime.

Auteur :
Manuel TOURBEZ
Publié le 21 janvier 2021

Publié par magrenobloise

Webmagazine

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :