Etat d’urgence sanitaire : l’exceptionnel est devenu la norme

ARTICLE. Mercredi, l’Assemblée nationale a adopté la prolongation de l’état d’urgence sanitaire, dans une relative indifférence générale. Après un an de prolongements successifs, de confinements et de couvre-feux, les citoyens semblent résignés à une nouvelle année de contraintes, le tout validé par leurs propres élus.

Etat d’urgence sanitaire : l’exceptionnel est devenu la norme

A force, l’urgence est devenue quotidienne. Lassés, fatigués, blasés ou désespérés selon qu’ils soient étudiants, personnels soignants, simples citoyens ou bien restaurateurs, acteurs, les Français ont appris à faire avec. L’exceptionnel est devenu une norme qui bout dans les consciences et dont nul ne sait quand elle explosera. Face à cette apathie citoyenne, le gouvernement a décidé de tirer la corde jusqu’au maximum. Plutôt que de cibler des populations ou des régions, il impose à la collectivité un ensemble de mesures restrictives, souvent en dépit du bon sens.

Et pour ce faire, il a besoin d’un outil juridique. En plein cœur de la première vague de l’épidémie, au printemps dernier, le parlement a adopté la loi du 23 mars 2020, instituant l’état d’urgence sanitaire. Un état d’urgence dont la fin n’a cessé d’être repoussée depuis, malgré la mise en place d’un régime transitoire en juillet qui limitait l’état d’urgence au 31 octobre 2020. Une loi votée le 14 novembre 2020 avait prolongé ce régime pour faire face à la seconde vague, avec pour date de fin, le 1er avril 2021.

Une échéance insuffisante pour le gouvernement de Jean Castex. Après avoir tenté subrepticement de pérenniser le régime juridique de l’état d’urgence sanitaire en décembre (avec notamment, la possibilité donnée au Premier ministre de rendre obligatoire la vaccination) se posait la question de la poursuite de ce dispositif juridique. Le mois d’avril a beau être une échéance encore assez lointaine, les indicateurs ont beau montrer un relatif contrôle de la situation, laquelle incite tout de même à la vigilance, l’Etat n’entend pas abandonner ses prérogatives exceptionnelles. Il a fait voter la prolongation de l’état d’urgence sanitaire jusqu’au 1er juin, d’une part. Et d’autre la part, la prolongation du cadre juridique qui autorise le déclenchement de l’état d’urgence sanitaire jusqu’au 31 décembre 2021.

Malgré l’opposition des socialistes, de La France insoumise, de l’UDI et des Républicains, le texte a été adopté à 113 voix contre 43. Tout juste l’Assemblée a-t-elle obtenu que la loi ne fixe pas comme échéance le 30 septembre 2021, mais le 1er juin. Une durée qu’entend encore réduire le Sénat qui devrait examiner le texte le 27 janvier. Sur France Info, Gérard Larcher, a souhaité que les débat actent d’un meilleur contrôle du Parlement pour mieux “avertir, informer les Français”.

En guise d’information il faut, pour le moment, se contenter de tableaux de bords quotidiens et d’absences de perspectives, avec les sempiternels reports d’ouverture des lieux culturels et de restauration. Olivier Véran a expliqué à l’Assemblée comprendre “la lassitude et le souhait de sortir de la crise” tout en ajoutant que “nous ne pouvons nous priver d’aucun outil pour combattre le virus”. Pourtant la situation est encore sous-contrôle ! Mais l’apparition des variants anglais et sud-africains inquiètent. Il faut dire que la situation n’est guère reluisante de l’autre côté de la Manche, où le nombre de morts quotidiens tutoie les 1 800 cette semaine. Le 1er ministre a donc décidé d’anticiper une situation qui serait susceptible de dégénérer sur notre territoire.

Une décision prise après un avis favorable du conseil scientifique, organe opaque qui décide du sort de millions de Français sans aucune légitimité démocratique. Ce qui, associé à la nomination d’un collectif de 35 citoyens tirés au sort pour garantir la transparence de la politique vaccinale en France, relègue les assemblées au rang de faire-valoir. Un scandale politique, d’autant que l’état d’urgence sanitaire porte en lui une atteinte à la démocratie et aux libertés fondamentales. 

Le gouvernement aura beau jeu d’expliquer que le bien de tous est visé par ce vote, il conviendra de s’interroger sur les conséquences d’une politique incapable de cibler, d’agir là où c’est pertinent. En visant la globalité de la population, l’État massacre des pans entiers de l’économie française, contribue à une multiplication des dépressions nerveuses, prive des citoyens du goût de vivre. Quand l’urgence sanitaire peut s’avérer désastreuse alors qu’il s’agit de la santé de ceux qu’elle est censée protéger, il est peut-être temps de s’interroger sur sa pertinence, ou tout du moins, sur l’usage qui en est fait.

Auteur :
La rédaction
Publié le 21 janvier 2021

Publié par magrenobloise

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