Le discours d’un président

FICTION. Fiction réaliste inspirée du temps où l’Etat était dirigé par des hommes de grande envergure.

Le discours d’un président

Lecteur de Front populaire, je souhaite vous exprimer une inquiétude partagée.

Après bientôt un an d’espoir et de grisantes bouffées d’oxygène, des lecteurs et moi-même nous sommes posé la question : « Et maintenant, que faisons-nous ? ».

Car il ne faut pas se voiler la face : pendant qu’on nous exhorte à la résistance, le découragement, la résignation et la violence s’installent partout et durablement. Nous allons même perdre la bataille des idées, non par manque d’arguments mais par lassitude et désespoir.

La crise sanitaire nous entraîne vers la catastrophe. Endettement, chômage, précarité, pauvreté sont le coût tragique et différé d’une politique menée par des technocrates cyniques, à mille lieues parfois de la réalité. On nous ment, les libertés sont bafouées, la République se meurt mais nous nous inclinons, comme si une légalité formelle, liberticide et légicide, était de plein droit légitime et démocratique.  En vérité, nous résistons dans le seul registre des mots, comme si les idées avaient le pouvoir per se de peser sur le cours des choses. Nous savons pourtant qu’à moins d’être une coquille vide, la pensée ne prend vie qu’au travers de l’action. La puissance des dominants est l’expression des rapports de force, elle repose sur la soumission des dominés. Il faut donc agir et lui barrer la route si nous voulons caresser l’espoir, toujours provisoire, d’un changement véritable. Et il y a urgence.

Comment le président de la République eût-il agi au temps où, comme le disait Georges Séguy avec nostalgie, les affaires de l’Etat étaient menées par des hommes de grande envergure ? Entre fiction et réalité, j’ai imaginé un discours de circonstance qui, sans être gaulliste, a, il est vrai, de forts accents gaulliens : il est grave et dramatique, il s’adresse au peuple et lui enjoint d’agir avec détermination. Car on ne gagne pas une guerre en fuyant le combat, en sabordant le navire et en se barricadant chez soi.  Pour les uns, c’est un appel à l’insurrection.  Pour la majorité, c’est un acte de citoyen et un message d’espoir.

Discours du président de la République

« Françaises, Français »(1),

submergé par un ennemi invisible, notre pays sombre dans le chaos. Les faillites se multiplient, le chômage explose, la pauvreté croît, la violence se généralise ; la vie est piétinée, notre dignité bafouée, la liberté muselée et notre avenir compromis. « Nous sommes en guerre … »(2) mais on nous donne l’ordre, avant tout engagement, de déposer les armes, de nous soumettre et d’obéir.

Cédant à la peur, la France est menacée de dictature. Pour nous sauver la vie, on nous interdit de vivre, on étouffe notre liberté ; on nous assigne à résidence, on ferme les églises, on stérilise la culture et la pensée se meurt ; on isole les vieillards dans l’antichambre de la mort, ajoutant la détresse à l’inhumanité ; on paralyse l’activité économique, qui assure le vivre et on tue l’avenir, qui sera demain le quotidien de nos enfants.

Mais il ne suffit pas d’être victime pour être innocent. Nous sommes en guerre et nous devons livrer bataille. Devant l’imminence du péril et l’inertie du peuple, j’ai pris mes résolutions. Considérant l’impuissance de l’Etat tout-puissant, la collusion des élites et la trahison des élus, considérant que la gestion de la crise est contestable et délétère, qu’elle ruine notre économie et nos finances, nous condamne à mort au nom de la vie, je prends aujourd’hui même les mesures nécessaires au redressement du pays. Dans les circonstances présentes, je mets fin au confinement. Chacun est libre désormais de rester chez soi, d’aller et de venir dans le respect des autres et des gestes barrières pourvu qu’il assume entièrement les dangers d’un virus morbide et d’une politique mortifère.  Dans le même temps, je décide que l’activité économique reprendra à la diligence des chefs d’entreprises, des exploitants et des commerçants, à l’exception des activités qui ne sont, ni de près ni de loin, liées à la vie du genre humain.

« Mes chers compatriotes »(3), « la flamme de la résistance (…) ne doit pas s’éteindre »(4). Pour vaincre le virus de la tyrannie, nous devons réinvestir l’espace public trop longtemps déserté, nous devons, du verbe vouloir, retrouver le sens de l’agir ensemble,qui est au cœur du champ politique, et peser sur les décisions du monde. Mais nous devons d’abord, c’est notre premier devoir et c’est l’urgence première, nous armer de courage(5), surmonter nos peurs et prendre en mains notre destinée. La tâche est ardue mais la promesse est belle même si les chiens de garde, poussant des cris d’effraie, clament partout que le propos est irresponsable et criminel, qu’il a « le style, le sens et les relents nauséabonds du passé » (sic). Mais qu’importent les injures et les accusations quand il y va de la vie, de nos enfants et de leur avenir ?

« Un pays qui se défend s’impose au respect de tous et ne périt pas »(6).

Vive la République !

1 – Emmanuel Macron, discours du 16 mars 2020.

2 – Ibidem.

3 – Ibidem.

4 – Charles de Gaulle, discours du 18 juin 1940.

5 – Alexandre Soljenitsyne, discours à Harvard du 8 juin 1978.

6 – Albert Ier de Belgique, discours devant les chambres réunies, 4 août 1914.

Auteur :
Charles-Christian BOUVIER
Publié le 22 janvier 2021

Publié par magrenobloise

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