Fusion des ports du Havre, de Rouen et de Paris : le compte n’y est pas

ARTICLE. Jean Castex a annoncé, la semaine dernière, la fusion des ports du Havre, de Rouen et de Paris, accompagné d’un investissement à hauteur de 1,45 milliards d’euros. Une somme conséquente mais insuffisante pour combler l’énorme manque de compétitivité des ports concernés.

Fusion des ports du Havre, de Rouen et de Paris : le compte n’y est pas

Une fusion annoncée en grande pompe. Ce vendredi 22 janvier, Jean Castex, accompagné de la ministre de la Mer, Annick Girardin, du ministre délégué aux Transports, Jean-Baptiste Djebbari, et du ministre délégué auprès du ministre de l’Économie, des Finances et de la Relance, Olivier Dussopt, s’est rendu au Havre. Au menu des réjouissances, la tenue du comité interministériel de la mer qui se tenait à l’École nationale supérieure de la mer et que présidait cette année le Premier ministre. Après une journée rythmée par les échanges, dont un tête à tête avec son prédécesseur Édouard Philippe, Jean Castex a annoncé une série de mesures dans son discours de clôture. Dont celle, phare, de la fusion des ports du Havre, de Rouen et de Paris.

Ce nouvel « axe seine » est une arlésienne déjà fantasmée par Nicolas Sarkozy, alors président de la République lors de la présentation du Grand Paris en juillet 2009. Il avait émis le souhait de voir la naissance d’une géant maritime. “Nous devons faire du Grand Paris cette métropole maritime qui va permettre de tisser un lien nouveau, via cette magnifique vallée de la Seine, entre une vieille capitale Paris (…) et ses deux ports traditionnels que sont Le Havre et Rouen », avait-il déclaré. Cette vieille chimère, vite rangée dans les cartons, a été reprise en novembre 2018, à Dunkerque, par Edouard Philippe, alors premier ministre et ancien maire du Havre. Il y avait annoncé la fusion des trois ports pour le 1er janvier 2021.

C’est cette idée, sacrifiée sur l’autel des priorités, que vient de relancer Jean Castex, applaudit par son prédécesseur. Cette fusion labellisée “Haropa“ sera “une nouvelle étape majeure stratégique” dans la politique portuaire française. Il y a urgence. Dans un rapport daté de 2020, la présidente de la commission relative à la gouvernance et la performance des ports maritimes au Sénat, Martine Filleul (socialiste), a donné l’alerte. La France connaît un retard considérable vis à vis de la concurrence internationale. En 2019, le trafic du seul port de Rotterdam pèse à lui seul 470 millions de tonnes de fret, là où ne transitent que 310 millions pour l’intégralité de l’hexagone.

Pour encadrer cette fusion, un budget de 1,45 milliard sera consacré à la période 2021 – 2027. Soit le double du montant des investissements actuels, auquel il conviendra d’ajouter une partie des 650 millions d’euros du plan de relance consacré à la politique maritime de la France. Avec ces financements, la France espère renforcer sa force de frappe commerciale. Haropa devrait ainsi devenir la première place portuaire maritime française, loin devant Marseille et Dunkerque. Avec pour but de concurrencer les géants de la Manche mais également contrecarrer l’offensive d’Albion, qui veut créer dix ports francs au Royaume-Uni, zones exonérées de droits de douanes.

Cette réunification des 3 grands ports, sous l’égide du Havre qui accueillera son siège social, n’est pas sans poser un certain nombre d’interrogations. Tout d’abord du côté de Rouen qui craignait l’absorption de son voisin normand, de longue date. Sur ce point, Nicolas Mayer-Rossignol, maire de Rouen s’est félicité de la nomination de Daniel Havis, rouennais et ancien président et directeur général de la Matmut en tant que responsable d’Haropa. Mais, côté Sénat, Martine Filleul reste partagée sur cette fusion : “il y a peu de choses concrètes et précises. On attend de savoir comment toutes ces annonces vont se décliner “ explique-t-elle à Public Sénat.

Tout n’est paradoxalement pas qu’une question fluviale. La problématique des ports en cache une autre, dont l’état est désastreux, celle du fret ferroviaire. Dans une note du 20 janvier, l’Institut Montaigne relate qu’à Anvers et Rotterdam, plus de 50 % des transports de marchandises se fait par voies fluviales et ferroviaires. Haropa, quant à lui, voit ces pourcentages chuter dramatiquement : 8,3% pour le transport fluvial et seulement 5% pour le transport ferroviaire. Le succès d’Haropa, et plus globalement, des ports français passera nécessairement par la restauration de la chaîne logistique, celle du train en priorité. Pas sûr alors qu’1,45 milliard suffise à compenser des décennies de désamours.

Auteur :
La rédaction
Publié le 26 janvier 2021

Publié par magrenobloise

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