Jusqu’où ira Elon Musk ?

ARTICLE. Alors qu’il vient de réussir un nouvel exploit avec sa fusée Falcon 9, Elon Musk prépare actuellement le décollage de son dernier prototype de lanceur, le Starship SN9. Jusqu’où ira Elon Musk ? L’homme le plus riche du monde peut-il s’accaparer l’espace ?

Jusqu’où ira Elon Musk ?

L’année commence bien pour Elon Musk. D’abord, il est officiellement – selon Bloomberg – l’homme le plus riche du monde, devant le patron d’Amazon Jeff Bezos, grâce à l’envolée en bourse de l’action Tesla. En plus, il vient d’établir un nouveau record technique. Dimanche, sa fusée Falcon 9 a envoyé 143 satellites dans l’espace : 133 satellites commerciaux et gouvernementaux et 10 satellites Space X – l’entreprise spatial d’Elon Musk – pour la constellation « Starlink » (ndlr : les satellites Space X formant la constellation Starlink sont censés fournir Internet à haut débit dans l’espace).

Mais il y a mieux, car l’ingénieur milliardaire d’origine sud-africaine continue à jouer le tout pour le tout pour rentrer dans l’histoire. Cette semaine doit décoller le Starship SN9, le lanceur lourd nouvelle génération de Space X, depuis le site de Boca Chica Village, au Texas. A terme, le « Starship » doit remplacer toutes les fusées de Space X, aussi bien le « Falcon 9 » que le « Falcon Heavy » et la capsule « Dragon » utilisée jusqu’ici pour ravitailler la Station spatiale internationale (ISS). Après une série de succès au cours de l’année 2020, le lancement du Starship SN8 en décembre dernier n’avait été qu’un succès partiel. Le prototype n’avait certes pas résisté à l’atterrissage, mais les objectifs principaux du vol (descente stable et rallumage des moteurs) avaient été atteints.

Cela n’a d’ailleurs pas été bien perçu par le grand public, lequel a tendance à se focaliser sur des éléments simples et spectaculaires (décollage, atterrissage, temps de vol, accident…). Or, comme le confie Christophe Bonnal, senior expert à la direction des lanceurs du Centre national d’études spatiales (Cnes), au Parisien : « Au cours de cet essai qui a duré moins de sept minutes, Starship a présenté un drôle de numéro, du jamais-vu : redescendre à plat, moteurs éteints, un peu à la manière d’un parachutiste, vers son site d’atterrissage. Il s’est ensuite redressé pour tenter d’atterrir à la verticale. Pour cela, il a fallu que deux de ses moteurs se rallument, une opération bien plus difficile qu’il n’y paraît (…) Allumer un moteur en impesanteur après l’avoir éteint et s’être retourné, bravo ! »

Depuis lors, les reports répétés du lancement du Starship SN9 ont parfois été pris pour une sorte de piétinement de la part des équipes du milliardaire américain. Mais Elon Musk sait en réalité très bien où il va, et ses équipes avec lui. Et Christophe Bonnal d’ajouter : « C’est un feuilleton passionnant qui va très, très vite, lié à une philosophie très particulière de Musk : je teste, je crashe, je regarde, je répare, je corrige, je remplace, je re-teste, et à la fin ça marche ! Cette réactivité, cette vitesse d’action, c’est quelque chose que nous n’avons jamais vu dans le développement spatial. C’est phénoménal ! »

Et il faut reconnaitre que le temps est loin où l’on pouvait regarder les ambitions de l’entreprise privée avec amusement, voire avec un certain mépris. C’est à partir de 2006 que la NASA a commencé, revoyant ses budgets à la baisse, à externaliser une partie de ses missions à des opérateurs privés, chronologiquement Space X et Orbital. Entreprise américaine spécialisée dans la construction de satellite, Orbital existait déjà depuis 1982. A l’opposé, Space X est une société crée en 2002 – il y a moins de 20 ans ! – par un milliardaire spécialisé dans le domaine du e-commerce !

Certes, Elon Musk a toujours été fasciné par l’espace en général et par la planète Mars en particulier, en témoigne le projet « Mars Oasis » qu’il muri depuis 2001 : faire pousser des végétaux sur mars via une serre. Depuis les origines, Space X a été fondée pour pallier le manque d’ambition supposé de la NASA. La start up a toujours travaillé à l’abaissement des coûts de lancement pour devenir ultra-concurrentielle. Space X envisage depuis plusieurs années la « récupération » comme la clef qui lui permettra de faire durablement chuter les coûts de l’accès à l’espace. A partir du lancement de la fusée Falcon 9, en 2016, presque tous les vols permettent de faire ré-atterrir les fusées via ce qu’on appelle « l’atterrissage rétropropulsif ». La rétropropulsion permet en effet d’opérer des descentes contrôlées qui rendent possible l’atterrissage.

L’objectif ? Rendre possible la colonisation de Mars, qui est le véritable objectif principal et originel d’Elon Musk. À tel point que l’entrepreneur a déjà réfléchi à la création d’un réseau internet dénommé Marsnet. La planète rouge, située entre 56 et 76 millions de kilomètres de nous, est pour Elon Musk la voie d’accès à une postérité immémoriale. Et son projet est loin d’être aussi folklorique qu’on l’a longtemps cru, même si sa dernière annonce en date concernant l’envoi d’hommes sur Mars à l’horizon 2026 paraît encore peu crédible.

Quoi qu’il en soi, ce succès aussi foudroyant que manifeste entretien le brouillage des lignes entre public et privé. En devenant réellement concurrentiel, Elon Musk est en passe de s’accaparer un potentiel monopole de la conquête du ciel, jusqu’ici logiquement conservé entre les mains des agences spatiales officielles. Avec sa start-up, Elon Musk est le premier exemple d’un monde où une fortune privée est en passe de concurrencer des États dans un domaine hautement stratégique. Son lanceur « Falcon Heavy » – anciennement Big Falcon Rocket (BFR) – est à l’heure actuelle la fusée spatiale la plus puissante au monde. En régime capitaliste, l’argent appelant l’argent, cette ascension n’a pas vocation à s’autoréguler.

Rappelons en guise de conclusion que depuis 1967, le statut juridique de l’espace était fixé par le Traité de l’Espace adopté sous l’égide des Nations unies, qui faisait des ressources extra-atmosphériques une « chose commune ». En d’autres termes, la libre exploration n’était pas une libre revendication. Mais depuis 2015, le Space Act, adopté unilatéralement sous la présidence américaine de Barack Obama, permet aux entreprises privées de s’approprier des ressources potentielles. En effet, le texte de 2015 exploite habilement les failles de celui de 1967, ce qui lui permet d’en violer l’esprit sans en violer la lettre.

Auteur :
La rédaction
Publié le 26 janvier 2021

Publié par magrenobloise

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