Chantiers de l’Atlantique : la vente du fleuron français abandonnée

ARTICLE. Les gouvernements français et italien ont annoncé hier l’abandon du projet de vente des Chantiers de l’Atlantique à l’italien Fincantieri. La fin d’un épisode industriel qui permet d’assurer à la France l’intégrité d’une partie de ses savoir-faire stratégiques.

Chantiers de l’Atlantique : la vente du fleuron français abandonnée

A tout mal un bienfait ? Difficile à soutenir dans le cadre du Covid, et pourtant, c’est bien à la crise sanitaire que l’on doit l’abandon du projet de rachat des Chantiers de l’Atlantique par le constructeur italien Fincantieri. Cet abandon a été annoncé dans un communiqué de presse conjoint hier entre les ministres de l’Économie français (Bruno Le Maire) et italien (Stefano Patuanelli) : « La France et l’Italie prennent acte du fait que le contexte économique actuel ne permet pas de poursuivre le rapprochement envisagé entre les Chantiers de l’Atlantique et Fincantieri. »

Les Chantiers de l’Atlantique représentent l’un des derniers emblèmes de feu la puissance industrielle française. Haut lieu de l’excellence française en matière de construction navale, que ce soit en termes de paquebots de croisières ou de navires militaires, l’entreprise encore détenue par la France à hauteur de 84,3% via son Agence de participation de l’Etat (APE) – devant Naval Group (11,7%), les salariés (2,4%) et des sociétés locales (1,6%) -, devait passer sous pavillon italien. La reprise des Chantiers de l’Atlantique par Fincantieri avait été annoncée en septembre 2017.

Le projet d’alliance franco-italienne était censé donner naissance à un champion européen considéré comme le futur « Airbus de la mer ». Mais la Commission européenne, qui veille perpétuellement à lutter contre les monopoles pour assurer la bonne application du vieux mythe libéral de la « concurrence pure et parfaite », s’est montré très réticente tout le long du dossier (au même titre qu’elle avait lutté contre la fusion Alstom-Siemens). Une fois n’étant pas coutume, on peut remercier la Commission européenne. L’accord rocambolesque conclu en février 2018 prévoyait que l’Italie et la France partageraient le capital à 50%, plus 1% de majorité accordé à l’Italie par la France sous forme de prêt, octroyant à Fincantieri le contrôle opérationnel des chantiers.

Rappelons que dans un rapport d’information sénatorial, la présidente de la commission des Affaires économiques du Sénat, Sophie Primas (LR), avait alerté fin octobre sur les conséquences désastreuses de la vente. « Nous sommes assez préoccupés, de façon transpolitique, par les rachats tonitruants, très médiatiques et très nombreux d’une partie de notre fleuron industriel », avait-elle déclaré en conférence de presse. Et le risque n’était pas forcément évident à déceler : le mastodonte chinois China State Shipbuilding Corporation (CSSC), partenaire de Fincantieri depuis 2006 via ses chantiers de Shanghai aurait alors pu bénéficier d’un potentiel transfert de technologie non seulement civil mais aussi militaire. Or les Chinois cherchent à devenir les leaders mondiaux des paquebots car c’est le seul segment, dans le secteur naval, sur lequel ils ne sont pas hégémoniques.

Ce projet de rachat pourrait-il être réactivé dans le futur ? Pour le moment, ce n’est pas à l’ordre du jour. Prolongé cinq fois depuis 2017 – la cinquième fois en décembre 2020 -, l’accord avait fini par prendre des allures d’acharnement thérapeutique. Tout laisse à croire que la sixième prolongation n’aura pas lieu. Mais le communiqué indique que « la France et l’Italie continuent de soutenir la coopération économique et industrielle entre leurs entreprises et leurs deux pays ». Formule diplomatique de convenance ou agenda ? Il faudra rester vigilent sur le dossier. Pour l’heure, certains investisseurs sont déjà en train de se mobiliser comme Jean-Claude Bourrelier. Le fondateur de Bricorama a annoncé ce matin être prêt à s’engager pour au moins dix ans avec un apport en fonds propres pour accompagner les Chantiers dans la transition écologique.

Auteur :
La rédaction
Publié le 28 janvier 2021

Publié par magrenobloise

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