La vraie dette, c’est avec la Terre que nous l’avons contractée

OPINION. L’humanité ne s’en est peut-être jamais vraiment rendu compte, mais elle dispose d’un compte à la banque Terre. On entend beaucoup parler de spéculation dans le domaine financier, mais in- fine elle est toujours adossée à celle sur les réserves de ressources disponibles dans les sous-sols, le coffre fort de la planète.

La vraie dette, c’est avec la Terre que nous l’avons contractée

L’humanité semble l’avoir oublié, ou peut-être ne s’en est-elle jamais vraiment rendu compte, mais elle dispose d’un compte à la banque Terre. Ce compte n’est pas en Euros, ni en Dollars, ni même dans aucune autre devise que tel ou tel groupe d’humains aurait pu inventer à travers les âges et les continents. Non, ce compte est en calories, une devise fondamentale car elle est à la base de tout. Les calories stockées sur ce compte se présentent sous la forme de liaisons chimiques. Pour la plupart dans les liaisons carbone-carbone et carbone-hydrogène, mais aussi dans les liaisons sub-atomiques. Pour obtenir cette énergie, le plus simple est de brûler des substances qui contiennent beaucoup de ces liaisons ; bois, charbon, pétrole, gaz. Ce compte contient également une myriade d’autres ressources, métaux, terres rares, etc… qu’il est nécessaire d’utiliser afin d’extraire et convertir les calories et pouvoir s’en servir pour, par exemple, consulter notre site préféré, frontpopulaire.fr.

Attention, à la banque Terre il n’y a pas de charmante guichetière qui vous accueille avec le sourire et un discours bien rôdé sur les avantages du dernier crédit conso à la mode. Il n’est pas non plus possible d’obtenir un relevé de compte, c’est d’ailleurs ce qui a permis l’essor de la spéculation. On entend beaucoup parler de spéculation dans le domaine financier, mais in- fine elle est toujours adossée à celle sur les réserves de ressources disponibles dans les sous-sols, le coffre fort de la planète.

Pendant un temps, un taux de change, au moins indicatif, existait entre la calorie et nos devises ; le pétrodollar. Celui-ci permettait en quelque sorte de corréler le prix des biens et les calories nécessaires pour les produire. Ce taux de change était utilisable tant que la spéculation sur les réserves de pétrole, et plus largement sur l’ensemble des ressources naturelles, n’avait pas cours. L’avènement, et l’acceptation, de cette spéculation a permis l’essor de l’endettement de masse supporté par la probabilité, très forte nous dit-on, de trouver des ressources encore inconnues dans un avenir plus ou moins proche. Cette hypothèse a ouvert le champ à l’accélération du développement sous le prétexte de l’accès universel au confort vital par le biais du superflu.

Dorénavant, chaque année, aux alentours du mois d’août, au journal télé, entre deux nouvelles concernant la dernière bulle financière et la progression de l’inflation, on nous apprend que l’on a dépassé les capacités terrestres en matière d’exploitation des ressources qu’elle est capable de régénérer en un an. C’est le jour du dépassement. Au-delà de la manière dont il est calculé et des éventuelles controverses qu’il suscite, ce concept suggère l’existence d’une dette de l’humanité envers l’écosystème planétaire, et réinstaure une forme de taux de change entre cette dette et la dette financière mondiale.

La question de la dette devient donc tout naturellement centrale. Qu’est-ce qu’une dette ? Un économiste pourrait sans doute passer des heures à en expliquer les tenants et les aboutissants, mais finalement une dette permet de dépenser aujourd’hui des ressources que l’on espère, avec le plus de certitudes possibles, avoir demain. La dette est donc un formidable accélérateur de développement puisqu’il permet de s’offrir demain, parfois même après-demain, aujourd’hui. Lorsque nous avons commencé à créer une dette financière, sous forme de devises décorrélées de l’extraction de ressources, nous nous sommes condamnés à extraire ces ressources dans le futur.

Finalement, on se rend compte que la dette financière contient un paramètre temporel essentiel et représente l’écart croissant de l’humanité d’avec les cycles écosystémiques qui assurent normalement l’équilibre budgétaire de la banque Terre. Cet équilibre est assuré par d’ingénieux et complexes processus de recyclage, qui certes nous semblent particulièrement longs, mais permettent de transformer tout déchet en nouvelles ressources. Cet écart est aussi le reflet de notre asservissement au système financier global puisqu’en choisissant le chemin de la dette, il tisse tout autour de nous des chaînes temporelles indestructibles car forgées dans le matériau le plus résistant de l’univers, la causalité.

Nous en sommes arrivés à un point tel avec nos devises financières artificielles, réellement hors sol, que nous partons du principe que tout à leur propos est ouvert aux négociations les plus folles. Certains d’entre nous se sont même persuadés que la dette n’aura jamais besoin d’être remboursée. On parle d’un ‘’grand reset’’, où tout le monde s’entendrait pour repartir de zéro. On nous dit qu’avant nous, des systèmes économiques se sont effondrés et pourtant nous sommes toujours là, qu’il suffirait d’une bonne guerre…

Or, c’est faire une erreur majeure que d’invoquer ces raisons, car il n’y a pas de bureau des négociations à la banque Terre. Nous devons la dette à la planète, et la question de son remboursement ne peut pas se poser car il n’est pas possible de faire de dépôt sur ce compte. La seule solution est de réduire au maximum notre interférence envers les processus écosystémiques naturels pour qu’ils puissent renouveler les ressources.

Les solutions que l’on tente donc d’apporter, en terme de fiscalité par exemple, de par leur nature financière, ne peuvent répondre à l’enjeu puisqu’il n’est pas du même ordre. On peut également se poser légitimement la question de l’endettement consenti pour le développement de technologies alternatives ayant des rendements plus faibles, et nécessitant l’extraction et le raffinage de matériaux plus rares, comme étant des solutions pérennes au problème planétaire auquel nous faisons face.

Un collectif souverain, composé d’individus mus par un désir d’autonomie, percevant l’asservissement que représente l’endettement, et établissant consciemment le lien vital qui les unis aux ressources naturelles, et s’empêchant de céder au superflu, s’orientera vers une re-harmonisation de son existence avec les cycles écosystémiques et utilisera les ressources avec raison.

Auteur :
Pierre-Alexandre GROSS
Chimiste (Abonné)
Publié le 28 janvier 2021

Publié par magrenobloise

Webmagazine

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