Le naufrage philosophique

Le visage de la philosophie Des Lumières fut changé au fil de l’eau parvenant, méconnaissable au XXI ème siècle. Elle devint antiphilosophie, sombre, noire, ombrageuse, générant des conflits politiques, chantre des pires passions, le loup était sorti du bois. Loin, très loin de l’esprit du Vieux Continent des imposteurs se sont parés de ses vertus les plus nobles et de ses plus beaux habits pour faire naître la Terreur. Ils se sont joués de ses mots, ils se sont joués de sa vie et ont fait danser la Mort. Cette histoire doit interroger notre civilisation pour rompre avec le désespoir et amener à une philosophie plus humaniste, chantée par coeur par le philosophe de feu Michel Onfray.

La philosophie en France puise ses racines dans le terroir, au travers le dévouement d’Hommes, pliés à la puissance Divine. En 1822, l’abbé Sieyès (1748-1836) rédige le traité  «Qu’est-ce que le Tiers-Etat ? ». Il considère que cet Ordre n’est rien, qu’il devrait être Tout et il expose la façon dont ce principe devrait être appliqué. Le texte dresse en ce sens une critique virulente contre les deux autres ordres qui composent la Nation, le Clergé et la Noblesse. Ils se sont volontairement séparés de son corps, préférant les mauvaises mœurs, les privilèges, délaissant toute conscience politique. L’abbé considère que ces deux ordres ont accédé au cœur du pouvoir de façon héréditaire, ignorant l’importance des affaires d’Etat, comparant ce devoir à un privilège. Ils en jouissent, agissant en vertu de leurs intérêts particuliers et non commun, dénigrant le travailleur, sève de la Nation. Les intérêts du Tiers sont ainsi piétinés. Il en va de même du traitement des Juges à leurs égards, soupçonneux du pauvre, ignare, condamné au servage et à l’irrespect de son puissant maître. Les connaissances des droits civils et politiques sont fondamentales pour le Citoyen indique l’abbé pour qui, le Clergé et la Noblesse sont soumis aux mêmes droits que le Tiers, ni plus, ni moins. Les Privilèges doivent donc être bannis, au profit du seul devoir rendu à la Nation. Celle-ci doit regrouper les Citoyens autour d’une Loi Commune, d’un Droit commun  pour qu’il n’y ait qu’un Corps à la tâche.

La Nation doit se penser elle-même, se travailler elle-même, se vouer entièrement à l’Oeuvre et faire advenir la force politique qui la constitue. En 1789, l’article 1 de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen grave dans le marbre que « Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l’utilité commune ». Le Préambule du texte fait déjà état de corruption des Représentants, agissement perfide en faveur des Privilèges, destructeur de la Nation, présents encore et toujours, à l’esprit de l’abbé Sieyès qui s’emploie à tarir leurs origines. Ces derniers devraient être privés de droits civils, indique-t-il, car ils n’en sont pas dignes.

L’intérêt commun doit être le seul but primordial et le lègue à la Nation, les Lettres, afin que tout soit en ordre.

Cette ligne philosophique fut oubliée au travers les siècles et s’est largement modifiée. La façon dont certains philosophes ont envisagé la Nation a érodé la pierre philosophale. Son fondement chrétien, sa substantifique moelle fut remise en question, contredite. Elle devint un objet pessimiste au service de l’homme qui en était l’heureux porteur. Détournant celle qui devait être raison, calme et mer profonde, elle devint le lieu de toutes les terreurs des abominations et des passions. La mort voguant en maître sur les eaux.

Fini la volonté perpétuelle de répondre aux tourbillons des questionnements incessants. La Raison fut emportée par le torrent de l’affabulation philosophique creusant le sillon d’un siècle.

L’auteur espère que le lecteur l’excusera de critiquer l’oeuvre de philosophes qu’il n’a pas lu et compte sur sa bienveillance et sa clairvoyance d’esprit. La tâche relevée est ici de déceler la pensée de ces hommes à travers leur biographie : qu’ont généré leur passion sur les flots politiques, humains ?

Martin Heidegger fut le premier à contester l’héritage de Kant. Pour lui, la métaphysique n’était rien. Or elle est Tout. La métaphysique est ce qui représente la pensée de l’Homme et sans elle, l’Homme n’est rien. Ainsi, la pensée de Heidegger, et notamment son œuvre « Etre et Temps » développe des concepts d’une flagrante angoisse. Il envisage le monde sous un prisme largement pessimiste au sein duquel la mort est tout et la mort est la vie. Il ne pense pas la mort insufflant ainsi un désir de vitalité, il pense la vie comme étant la Faucheuse. La mort est à ses yeux une belle fin et non une fin tragique.

Sa sombre théorie fut rédigée durant le siècle d’une Allemagne en crise. Cette période attisa les pires instincts. A commencé par celui d’Hitler. C’est lui qui en 1933 acquis le pouvoir. Heidegger avait déjà rejoint le parti national-socialiste, c’est dire combien il adhérait à ses thèses. Ainsi, ce professeur trouva un large écho chez les nazis pour qui l’être n’était rien, la mort, tout, justifiant les pires atrocités. La théorie de Heidegger se développa dans de nombreuses villes, de nombreux pays et trouva un écho sans précédent. Il fut le théoricien du siècle. Ses élèves, disséminés partout sur la planète en furent ses défenseurs.

Sartre fut le premier intellectuel à introduire la pensée de Heidegger en France. Il s’allia aux Allemands, défendant d’un même élan l’autre extrême que furent les communistes. « Les anticommunistes sont des chiens » clama-t-il. Simone De Beauvoir le rejoignit également. Elle écarta tout intellect et suivi ses faiblesses. Elle trahit la France. Tout comme Jean-Paul Sartre pour qui les intérêts pécuniers passaient avant sa philosophie. Il ne s’est en aucun cas sacrifié pour la France, il la livra entre les mains de chiens et de loups affamés, aux crocs les plus infâmes. La mort était à tous, leur étendard.

Après la guerre, les philosophes qui advinrent ne pensèrent plus. Les idées structuralistes imprégnées de celles de Heidegger reprirent le flambeau de la pensée malsaine drapée de soie, cachée dans le flot de pages aux mots étouffant, à la pensée irrespirable, laissant place au non sens. Une pensée « anti-humaniste » ainsi qu’ils se qualifièrent eux-mêmes. Ils engendrèrent Mai 68, la débauche absolue, le communisme dans son éclat le plus brillant. Là aussi, ce ne fut qu’haine des valeurs françaises, sel profond, doux héritage de la philosophie Des Lumières qui jadis les avait attiré par son écrin doré, sa grandeur, resplendissant dans les ornements de ses Lettres, et qui fut oubliée au premier champ des sirènes, lueur factice, obscurité. Les hommes attentifs aux objets grivois, prédateurs du sourire d’enfants innocents. Leur rire n’est désormais que le lointain écho d’un souvenir. La Nation française en paya le prix fort, comme toujours.

Dans une époque plus proche, c’est désormais le fringuant Bernard-Henri Lévy qui usurpa le flambeau Des Lumières. Déchaîné par la vengeance que lui souffla l’horreur nazi, le travail du philosophe ne consista qu’à envisager la France sous l’œil d’Heidegger. Son analyse fut fallacieuse, déformée, décontextualisée, antiphilosophique et anti-humaniste. Sa verve et son dégoût pour la France ne firent qu’un, éclairé par les spots médiatiques qui n’en finissaient plus de s’abreuver à une source pleine de terre. Sa trace historique s’observe. Qu’a-t-il fait pour la France ? L’a-t-il aimée ou l’a-t-il enterrée vivante ? C’est la seule chose qui vaille. Bernard-Henri Lévy procède d’une façon identique à ses maîtres, il déversa son angoisse, sa haine profondément féconde, depuis près de 40 ans. Les graines qu’il sème dans les cœurs et les esprits passionnels qu’il façonne, cette puissance nuisible insolente détruit tout sur son passage. En rien, le philosophe n’invite à la délicatesse de la réflexion spirituelle, à la sagesse de l’esprit, au travail sacerdotal philosophique.

La métaphysique est Tout. Elle est l’immanence du réel.

Heidegger forgea de futurs communistes parmi ses élèves, comme Louis Althusser, qui devint enseignant dans les institutions les plus prestigieuses de France. Il vanta les mérites du communisme, la rébellion, la désobéissance civile, la dépravation,  Mai 68 et tout le tralala. Alain Badiou marxiste fut l’un de ses disciples.

Ainsi, proche de nous, Mehdi Belhaj Kacem, « philosophe », vénéra Badiou, grand lecteur d’Heidegger, poursuivant l’inscription philosophique dans un clivage politique bien trop connu : droite, gauche, extrême-droite, extrême-gauche. Son aisance réflexive se meut en plein jour au sein d’une philosophie sectaire, meurtrière, celle de Bernard-Henri Lévy. Leurs points communs en tant qu’apôtres de Sartre et d’Heidegger et du goût pour la mort, sont ainsi révélés. De leur bouche coule la source des passions extrémistes, flattées. Le drapeau de l’identité nationale est également agité, partout, sauf en France. Ils tendraient leurs veines pour qu’elle meurt. La belle à leurs yeux, n’en est pas une. Leur funeste alliance veille à lui interdire l’accès à son identité, condamnant sa métaphysique, le fondement même de son cœur, de son essence, de sa pensée, de son être, de sa vie, de sa Raison de vivre ! Tout ce qu’Heidegger honnissait. Ils ont en cela, son plus grand respect. Elle ne doit plus exister qu’à travers le prisme d’une idéologie mortifère, angoissante, loin du calme obligé pour une nécessaire réflexion, vitale, pour tamiser les passions de l’âme et retrouver la raison.

Bernard-Henri Lévy considéra Proudhon comme le terreau de l’antisémitisme. Il n’en fut rien. L’écrit « Qu’est-ce que la propriété ? » de Proudhon est un rejet des Privilèges, un appel à la Lumière du peuple, une accusation des élites, des propriétaires, du Clergé, de la Noblesse, ici chez Proudhon, de l’Eglise. Il clame haut et fort, leur trahison. Aujourd’hui, le travestissement des Idées originelles du philosophe fait courir les institutions à leur perte, celles agissant sous le couvert du Bien, parées des Valeurs chevaleresques, sonnant comme une balade champêtre mais tous, finissent sous leur joug, morts ou au cachot. Seule la ruine réside après leur passage.

L’histoire incessante, se répète perpétuellement sans qu’aucune morale n’en soit tirée. Jamais.

Les seules traces résistantes au temps sont pour les lecteurs, les Français, les Hommes, les textes. Ceux de tous ces auteurs, gravent dans le marbre qui ils sont, les conséquences qu’engendrent leur doctrine sur la vie humaine. Ils ont fondé leur théorie sur des passions tristes : la haine, l’angoisse, la mort. Jamais ô grand jamais ils ne flattèrent la vie. La première de toutes les conceptions philosophiques.

Auteur :
La rédaction
Publié le 5 février 2021

Publié par magrenobloise

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